Expositions photo La Seyne-sur-Mer
Lucien Clergue : Une rétrospective
À partir du 19 juin 2027 Exposition du 19 juin au 19 septembre 2027 · Villa Tamaris, La Seyne-sur-Mer
Le photographe exposé
Présentation
Cette grande rétrospective consacrée à Lucien Clergue inscrit définitivement son nom dans le panthéon de la photographie du XXᵉ siècle. Après l'hommage solennel du Grand Palais en 2015, cette nouvelle exposition rassemble pour la première fois l'intégralité des grandes séries qui ont jalonné soixante années de création. Des premiers tirages sortis du laboratoire de fortune installé dans la cuisine maternelle aux compositions souveraines de la maturité, c'est l'œuvre entière d'un photographe-poète qui se déploie ici, dans toute sa cohérence et sa puissance.
Né à Arles en 1934, Lucien Clergue est un enfant de la Camargue et de la guerre. Sa mère Jeanne, qui tient une modeste épicerie rue de la Roquette, sait reconnaître chez son fils unique cette sensibilité particulière qui appelle l'art. À huit ans, elle lui offre son premier violon ; à treize, son premier appareil photo. Entre ces deux gestes maternels se loge tout l'avenir d'un homme qui ne cessera de tisser musique et image, partition et tirage, mélodie et lumière. Lorsque la maison familiale est éventrée par les bombardements de 1944, Lucien n'a que dix ans et déjà la mélancolie s'installe en lui comme une seconde nature. Sa mère meurt en 1952, le laissant seul avec un appareil photo, une ville en ruines, et l'urgence absolue de créer.
C'est cette urgence que l'on retrouve dans la série bouleversante des Saltimbanques, réalisée entre 1954 et 1955. Dans les décombres d'Arles, le jeune photographe convoque ses amis d'enfance, leur taille des costumes d'arlequin et de trapéziste dans ses propres pyjamas, et compose une « grande récréation » funèbre où des acrobates pâles déambulent sous une lumière sans soleil. Ces images, où l'ombre du Picasso bleu affleure sans que Clergue ait encore rencontré son aîné, sont peut-être les plus secrètes, les plus intimes de toute son œuvre. Elles disent la perte, la guerre, l'enfance brisée, mais aussi le sursaut poétique qui transforme la douleur en théâtre.
L'année 1953 est celle des révélations. Sur les arènes d'Arles, l'adolescent timide tend ses photographies à un homme dont il vient d'apprendre la présence : Pablo Picasso. Le maître espagnol, frappé par la maturité de ce regard, lui demande de continuer, de revenir, d'envoyer ses tirages. Une amitié naît qui durera vingt ans, jusqu'à la mort du peintre en 1973. Picasso devient pour Clergue à la fois mentor, complice et témoin. Il le présente à Jean Cocteau en 1957, qui à son tour s'enthousiasme et l'invite sur le tournage du Testament d'Orphée aux Baux-de-Provence. Le poète sera si marqué par les photographies d'Arles qu'il en reproduira certaines scènes dans les fresques de la chapelle Saint-Pierre de Villefranche-sur-Mer. « Clergue fut sans doute le seul témoin de la naissance d'Aphrodite, qu'on se le dise », écrira-t-il.
C'est également par l'entremise de Douglas Cooper, le grand collectionneur installé au château de Castille près d'Uzès, que Clergue accède au cercle international de l'art moderne. En 1958, il expose au Kunstgewerbe Museum de Zurich, à l'heure même où s'y tient la mythique exposition The Family of Man. Edward Steichen, qui dirige alors le département photographique du MoMA, découvre son travail et acquiert plusieurs tirages (charognes, gitans, taureaux, marais, premiers nus) pour les collections du musée new-yorkais. C'est le début d'une reconnaissance américaine qui ne se démentira jamais. En 1961, lorsque Clergue effectue son premier voyage aux États-Unis avec sa jeune épouse Yolande (Picasso ayant offert le billet de cette dernière), il franchit les portes du MoMA pour y voir Guernica, et traverse, médusé, les salles entières consacrées à la photographie. Là-bas, la photographie est un art à part entière. La France ignore encore cette évidence.
De ce choc naîtra une mission qui occupera la moitié de la vie de Clergue : faire reconnaître la photographie comme art majeur dans son pays. Il y faudra quarante-cinq ans, des combats sans relâche, et la création en 2006 de la VIIIᵉ section de l'Académie des Beaux-Arts, dont il occupera le premier fauteuil d'académicien. Mais bien avant cette consécration, Clergue avait déjà transformé Arles en capitale mondiale de l'image. Dès son retour de New York, il fonde avec Jean-Maurice Rouquette, conservateur du Musée Réattu, la première collection publique de photographie d'un musée français, collection qui réunit aujourd'hui plus de cinq mille œuvres. Et en 1969, avec quelques complices, il porte sur les fonts baptismaux les Rencontres internationales de la photographie d'Arles, dont l'éclat international ne s'est jamais éteint.
Au-delà de ces engagements institutionnels, Clergue n'a cessé d'inventer. Sa carrière se déploie en grandes séries qui dialoguent comme les mouvements d'une symphonie. Les Charognes et les Taureaux disent la fascination pour Thanatos, pour la matière qui se défait, pour la frontière trouble entre vie et mort. Les Gitans, voisins du quartier de la Roquette, sont chantés comme une fraternité d'élection : Clergue accompagne José Reyes, révèle Manitas de Plata, le hisse jusqu'au Carnegie Hall, et la guitare gitane ne quittera plus jamais son œuvre. Les Nus de la mer, inaugurés dès 1956, constituent peut-être sa contribution la plus singulière à l'histoire de la photographie : sur les plages camarguaises, des Vénus sans visage s'enroulent dans la vague, deviennent statues antiques, redeviennent eau. Clergue ose un nu radical, à la fois académique et révolutionnaire, qui se débarrasse de toute anecdote pour ne retenir que la femme originelle, intemporelle, universelle.
Et puis il y a le sable. Cette matière humble, infinie, où la lumière rasante grave d'éphémères calligraphies, devient pour Clergue un véritable langage. Sur les plages de Faraman, à quelques pas du village natal de sa mère, il photographie pendant des années les traces d'oiseaux, les sillons d'insectes, les rides du vent et de l'eau, jusqu'à composer une grammaire visuelle inédite. En 1979, il soutient à





